Mardi 27 février 2001

Un bastion socialiste au pied du mur
Équeurdreville -Hainneville: deux candidats pour l'après Lerouvreur

Avec le départ de Jean Lerouvreur, maire depuis 1977, Équeurdreville s'apprête à tourner une page de sa vie politique, quelle que soit l'issue du scrutin. En revanche, si la gauche était battue ce 11 mars, c'est un chapitre entier auquel il faudrait mettre un point final. En effet, la 3e ville la plus peuplée du département n'a jamais changé de majorité depuis près d'un siècle. Entre la continuité avec Bernard Cauvin et l'alternance avec Christian Decelle, les électeurs devront choisir.

Bastion de la gauche s'il en est, Équeurdreville est dirigée par un maire socialiste depuis l'élection d'Hipollyte Mars en 1908. Plus qu'un challenge, c'est donc un véritable pari que s'apprête à relever Christian Decelle, le candidat de la liste d'opposition. Face à lui, une gauche plus unie que jamais. L'annonce du départ de Jean Lerouvreur, maire depuis 1977 et la nécessité de lui trouver un successeur avaient provoqué une querelle intestine dans les rangs des adjoints. Pour éviter toute dissension et maintenir l'union sacrée socialistes-communistes-écologistes décrétée en 1995, la gauche plurielle s'est cherché un candidat d'envergure, rassembleur et politiquement indiscutable. En avril 2000, la section locale du PS a désigné Bernard Cauvin par 58 voix sur 67. A 55 ans, l'actuel président de la Communauté urbaine de Cherbourg-Octeville, ancien député et conseiller municipal équeurdrevillais depuis 1989, a accepté de se jeter dans la bataille des municipales « pour oeuvrer dans la cohésion et donner un nouvel élan à la ville ». A ses côtés 23 socialistes, 5 communistes et 6 écologistes composent la liste d'union. 15 d'entre eux font partie de l'ancienne équipe municipale, dont 6 des 9 maires-adjoints sortants, ce qui laisse augurer une politique de continuité, même si Bernard Cauvin annonce de nouvelles orientations. Son programme se décline en quatre axes principaux : une politique de quartier renforcée, un soutien accru aux associations avec notamment la construction d'une salle des fêtes, un effort particulier en faveur des écoles, des activités périscolaires et enfin, une attention toute particulière aux 6 400 moins de 25 ans, sur 18 000 habitants, qui font d'Équeurdreville une des villes les plus jeunes du département. « Ils seront associés au conseil municipal », promet Bernard Cauvin.

C. Decelle, de Valognes à Équeurdreville

Si le candidat socialiste peut s'appuyer sur le palmarès et le bilan du maire sortant, le candidat de la liste d'opposition, Christian Decelle, avait tout à construire : une liste, un programme et une image politique qui lui fait défaut dans cette ville, où il réside pourtant depuis sa naissance il y a 54 ans. Ce chef d'entreprise a fait ses premiers pas en politique à Valognes, où est implantée sa société. Il fut l'adjoint aux travaux d'Anne Heinis de 1989 à 1995 et est resté conseiller municipal d'opposition après la défaite. Alors qu'il avait refusé une troisième campagne municipale valognaise, il explique sa candidature par « un coup de coeur » et la « sollicitation des amis ». Ces amis, conseillers municipaux de l'opposition équeurdrevillaise, estiment qu'il offre une alternative possible au chef de file de la droite locale, Jean Tissot, battu par Jean Lerouvreur en 1983, 1989 et 1995. Pourtant, et malgré les protestations de ses adversaires, Christian Decelle y tient : « Ma liste est sans étiquette politique », martèle t-il. Une liste composée de beaucoup de novices puisque trois seulement ont été élus dans un conseil municipal auparavant.

Ce n'est pas un programme, mais « un projet de ville » que présente Christian Decelle. Parmi ses grands projets : un espace résidentiel de 8 hectares dans la zone d'activité du Bénécère « désespérément vide », la création d'un conseil consultatif des écoles et surtout la construction d'un complexe culturel de 2000 m2 doté d'une salle de 700 places.

Cette superstructure, si elle voit le jour, viendra s'ajouter à la piscine de 25 mètres dont sera équipée la commune en 2002. Cet investissement de 57 MF divise les deux listes. Ce qui représente pour Christian Decelle, « une dérive financière » et aurait mérité une « coopération intercommunale » est pour Bernard Cauvin « un projet maîtrisé dont tout le monde dira, dans dix ans, que l'on a eu raison de le faire ».

Et puisqu'il est question d'intercommunalité, comment ne pas évoquer l'avenir de Bernard Cauvin à la CUC. Officiellement, l'actuel président n'a dévoilé aucune information quant à sa candidature. Pourtant, en coulisse, aucun autre nom que le sien ne circule. Mais la tête de liste de la gauche plurielle s'est laissée le temps de la réflexion et privilégie sa campagne municipale. Car le verdict des urnes ne tient compte ni du passé, ni des statistiques. Christian Decelle, témoin privilégié de la défaite d'Anne Heinis à Valognes en 1995 sait pertinemment que, malgré les meilleurs augures, une victoire n'est jamais acquise à l'avance.


Jean-Philippe GAUTIER.

 
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