Jeudi 1 mars 2001

Sablé : François Fillon s'efface à peine
Villes en campagne

Touché par la loi anticumul, François Fillon passe la main à la mairie de Sablé-sur-Sarthe. ll a choisi de mettre sur orbite Pierre Touchard, un homme de transition, et Marc Joulaud, son poulain. La gauche, qui présente aussi une nouvelle tête de liste, compte sur l'émergence des mouvements syndicaux pour remonter la pente.

Maire de Sablé depuis 1983, François Fillon le répète volontiers : il « quitte la mairie avec tristesse » pour conserver ses mandats de député et de président du conseil régional. La fin d'un règne ? En apparence seulement.

Primo : il entend rester impliqué dans la vie politique locale. Très impliqué, même. Le 11 mars, il se présentera en effet comme conseiller municipal à Solesmes, où il réside. Une commune de 1 400 habitants, qui ne tombe pas sous le couperet de la loi anti-cumul. S'il est élu, il envisage de prendre les rênes du district, dont il veut élargir les compétences...

Secundo : il a préparé sa succession. Une succession en deux temps. Pour les municipales 2001, il a désigné son adjoint aux affaires sociales, le conseiller général Pierre Touchard, un ancien cadre bancaire de 63 ans qui mène là une équipe composée en grande partie d'élus de l'actuelle majorité. Pierre Touchard le reconnaît : il est « un homme de transition ».

Le successeur et le poulain

La stratégie est claire : mettre sur les rails Marc Joulaud, 33 ans, chargé de mission au conseil régional. C'est le poulain de François Fillon, dont il est le collaborateur direct depuis bientôt dix ans. En cas de victoire, Marc Joulaud deviendrait premier adjoint. Et prendrait vite du grade. François Fillon annonce d'ailleurs la couleur en parlant de lui comme de « quelqu'un qui a l'ambition de se présenter à un certain nombre d'élections nationales ou locales. » Difficile, bien sûr, de ne pas penser à ce qui s'est passé autrefois avec Joël Le Theule.

En face, la gauche change aussi de tête de liste : Gérard Frétellière, chef de file du Mouvement pour la gauche progressiste, devient numéro 2. Il passe le relais à Annie Boyreau-Dorizon, 50 ans, une professeur d'anglais, conseillère municipale depuis 1995, qui se dit « proche du Parti socialiste, mais sans la carte ». Particularité : moins de 20 % de ses colisitiers ont appartenu à un parti politique et aucun n'est membre du PS. « Un phénomène propre à Sablé : ici, on a très peu d'adhérents politiques. » Plutôt jeune, la liste réunit en revanche plusieurs membres d'associations, de syndicats. « Et des personnes qui travaillent en usine, parce que Sablé est une ville ouvrière. » Comment expliquer alors la faiblesse des scores de la gauche aux précédentes élections ? « D'abord le poids de François Fillon. Et puis une mentalité liée au milieu rural, plutôt à droite », estime Gérard Frétellière, qui compte sur l'émergence de revendications syndicales et de mouvements de grève, phénomène nouveau à Sablé, pour mobiliser davantage l'électorat.

Des idées pour demain

Les thèmes de campagne ? Pierre Touchard, qui se présente « d'abord pour la gestion de la cité », s'inscrit dans la continuité : développement économique, aménagement des zones d'activité et effort sur la formation des jeunes. Il s'appuie sur le bilan flatteur de l'ère Fillon. Les quartiers se portent bien, la taxe professionnelle représente plus de 70 % des recettes de la ville, le taux de chômage est bas : confrontée à une pénurie de main-d'oeuvre, Sablé cherche même à recruter dans les villes voisines. Rançon du succès : on manque de logements sociaux. Et les patrons réclament une structure d'accueil pour les jeunes salariés, qui viennent souvent en mission de courte durée.

L'opposition, qui ne compte aujourd'hui que trois conseillers, critique « l'emprise » de François Fillon et met en avant le besoin de proximité. Elle entend « consulter les habitants avant toute réalisation importante, libérer les initiatives, permettre aux Saboliens de s'exprimer ». Annie Boyreau-Dorizon souhaite aussi créer des comités de quartier, organiser des référendums d'initiative populaire et instaurer un quotient familial pour les services sociaux. S'agissant des infrastructures, seul un dossier oppose vraiment les deux candidats : Annie Boyreau-Dorizon défend l'ouverture de deux mini-crèches. Un projet que la majorité en place juge trop coûteux.

Les résultats de 1995

1er tour. François Fillon, RPR, 79,66 %. Gérard Frétellière, gauche, 20,34 %.


Jérôme LOURDAIS.

 
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