Lundi 19 mars 2001

Paris et Lyon à gauche, des conquêtes à droite

La perte de Paris et Lyon par la droite est l’évènement majeur du deuxième tour de scrutin des municipales, même si le score y est serré. Mais la droite s’est rattrapée en enlevant, unie, de nombreuses villes de gauche, acquises en 1995 ou véritables bastions du PS et du PC.

Le basculement à droite de nombreuses grandes villes est l’un des enseignements les plus forts du deuxième tour des municipales qui a enregistré une participation un peu supérieure à celle du premier tour (69% contre 68%). Parmi elles, des villes acquises par la gauche en 1995: Nîmes (PC), Rouen (PS); mais aussi d’autres gagnées de plus longue date par le PS: Strasbourg, Blois, Orléans, Quimper, Cahors, Lisieux, Aix-en-Provence; d’autres enfin qui étaient son fief: Hérouville (Calvados) depuis la création de la ville nouvelle, Roanne, Beauvais et Chartres, depuis 1977, La Seyne-sur-Mer, Tarbes.

La gauche doit se contenter du gain de Dijon, Auxerre, Ajaccio, Maubeuge, Agen, Salon-de-Provence. Elle préserve ses positions au Mans, où Jean-Claude Boulard emporte le duel pour la succession de Robert Jarry; à Tours, Lille, Dunkerque, Brest, Rennes, Lorient, Angers, et Morlaix, où la ministre de la Justice, Marylise Lebranchu est l’une des compensations dont Lionel Jospin devra se consoler après les défaites d’Élisabeth Guigou (36% seulement des voix alors qu’elle partait à l’assaut d’Avignon) et de Pierre Moscovici à Montbéliard.

Les municipales sont d’abord des élections où la personnalité et la gestion locales du maire l’emportent sur les autres considérations. C’est évidemment à cette aune qu’il faut interpréter la victoire de Martine Aubry, qui a quitté le gouvernement, à Lille, et la défaite de Jack Lang (de 34 voix) à Blois, victime de son aller-retour parisien. A Orléans, Jean-Pierre Sueur, ancien ministre rocardien, paie sans doute un lourd tribut au tramway et aux travaux.

Mais l’alternance a été plébiscitée dans les urnes. Surtout là où elle était encouragée par des querelles qui plaçaient le maire ou le candidat de gauche en position fragile: à Strasbourg et Roanne bien sûr mais aussi à Saint-Brieuc, Lisieux, et à Hérouville, la deuxième ville du Calvados où le maire sortant, en place depuis 30 ans, François Geindre avait voulu prendre la tête de la liste de gauche à Caen, où le conflit avec Louis Mexandeau fait payer une lourde facture au Parti socialiste dans cette agglomération qui vient d’installer une femme, Brigitte Le Brethon (RPR), à la tête de capitale bas-normande.

En Bretagne l’alternance profite à la gauche à Carhaix, Douarnenez, Quimperlé, Le Rheu, près de Rennes et à la droite à Paimpol et Plouzané;

L’effacement du PC

Plusieurs enseignements politiques nationaux seront tirés de ce deuxième tour des municipales. D’abord le bilan plutôt mauvaix du gouvernement. Après avoir fait adopter la loi anti-cumul et la parité, les ministres de Lionel Jospin se sont précipités sur la conquête de nouveaux fauteuils de maires: les Français ne l’ont pas compris. Ils ont aussi sanctionné l’usure du pouvoir.

A gauche toujours, l’affaiblissement du Parti communiste cause directement la perte de plusieurs villes qu’il contrôlait: Nîmes depuis 1995, sa dernière ville de plus de 100 000 habitants; Evreux, conquise par Jean-Louis Debré (RPR); Tarbes (perdue de 26 voix), où sévit une crise de l’emploi militaire; et encore Sète et La Ciotat. Elles s’ajoutent à Drancy, Sens et Montluçon, perdues dès le premier tour. Le PC n’en finit pas d’être grignoté à la fois par la gauche modérée et par les partis d’ultra-gauche trotskistes.

A l’inverse, le vote en faveur des Verts et le maintien de leurs candidats redessinent la gauche plurielle, du moins si elle surmonte les problèmes que ne manqueront pas de créer les résultats d’hier.

Enfin la droite l’emporte là où elle est unie, au premier ou au second tour. Et souvent avec des candidats jeunes et nouveaux. La victoire de Philippe Douste-Blazy et la défaite de l’UDF, donc de François Bayrou, à Lyon, seront une mince consolation pour Jacques Chirac si la perte de Paris et Lyon se confirment.

La droite bénéficie aussi du reclassement des électeurs qui avaient voté pour l’extrême droite en 1995. L’éclatement du Front national a limité à 41 villes au lieu de 103, celles (de plus de 30 000 habitants) où l’extrême droite a pu se maintenir dimanche. Après Orange, au premier tour, elle garde Vitrolles et Marignane. Mais dans plusieurs villes, dont Blois, elle appelait à faire cette fois barrrage à la gauche.


 
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