Mardi 20 mars 2001

Villes : le retour en force de la droite
Après la marée rose de 1997, le reflux municipal du Parti socialiste

En juin 1997, PS et radicaux de gauche enlèvent cinq des six sièges de députés. L'échec de la gauche aux municipales à Caen, Hérouville-Saint-Clair et Lisieux laisse-t-il prévoir un reflux ?

« La gauche plurielle était une bonne machine électorale qui a aujourd'hui atteint ses limites. La conscience de gauche doit être autre chose qu'une machine électorale », estime Mammy Andriamasomanana, chef de cabinet de François Geindre, maire sortant d'Hérouville-Saint-Clair. La seconde ville du Calvados a basculé à droite dimanche soir pour 62 voix, après trente années de règne de François Geindre, qui ne se représentait pas. Même avec un faible écart et deux listes à gauche, la chute d'Hérouville-Saint-Clair, bastion du PS, constitue un net avertissement pour les socialistes. Même constat pour Lisieux.

Battu pour la cinquième fois à Caen, le député Louis Mexandeau (PS) ne s'y trompe pas : « Je n'ai pas gagné, mais d'autres ont perdu la mairie qu'ils tenaient. »

Les adversaires de Louis Mexandeau, qui contrôlent la fédération PS depuis décembre dernier, ne sont pas sur la même longueur d'ondes : « À Caen, Louis Mexandeau a présumé de ses forces », assure Philippe Duron. « La fin de règne de Louis Mexandeau est calamiteuse », renchérit François Geindre.

Pour autant, Louis Mexandeau estime qu'il ne faut pas « ajouter la division à la défaite. » Mais ses adversaires au sein du PS estiment qu'il ne peut « imputer les responsabilités de la défaite à tous sauf à lui. ».

Le PS a beau être le pilier de la majorité gouvernementale, le feuilleton calvadosien et caennais, « Les socialistes s'étripent », pourrait bien comporter des épisodes aussi agités que les précédents.

Droite, centre : une tradition caennaise

La ville de Caen, sans être « à droite depuis Guillaume le Conquérant », comme le lançait en boutade Louis Mexandeau, n'en est pas moins marquée par une culture politique plutôt à droite. Et ce, depuis le passage à droite, en 1919, des... Républicains de gauche qui tenaient la mairie depuis 1898. Des hommes (à l'époque aucune femme ne siégeait) en fait plutôt centristes.

Caen la douce, mais pas forcément la faible, surmonte sa destruction. Un maire centriste, Yves Guillou, pilote la reconstruction. « Il me faut la place de maire ou rien ! » dit-il au préfet Pierre Daure, constituant la « délégation spéciale », premier conseil municipal d'après-guerre. Depuis, l'ancrage à droite de la mairie est constant. Face à trois listes de gauche, en 1953, Yves Guillou est réélu. Il cesse toute activité pour raison de santé, en 1957, et c'est le gaulliste Henri Buot qui assure l'intérim. Mais s'il s'empare du siège de député en 1958, le parti gaulliste (UDR) ne garde pas le fauteuil de maire qu'un MRP (démocratie chrétienne) Jean-Marie Louvel occupe à partir de 1959.

A son décès, en 1970, le giscardien Jean-Marie Girault lui succède. Son ouverture, sa méfiance des partis se traduisent pour Jean-Marie Girault en soutien pour sa succession à Brigitte Le Brethon. Une « RPR », certes, mais dont la fidélité au côté du maire UDF, depuis 1983, a été sans faille. Cette fois, le destin de l'abbaye aux Hommes est aussi passé par l'abbaye aux Dames. Là où le président UDF de la région, René Garrec, a piloté la liste de Brigitte Le Brethon.

La ville reste donc à droite et vient même d'affirmer fortement cette appartenance. Même si elle vote majoritairement à gauche lors des élections présidentielles.


 
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